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DES ENJEUX DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE ADAPTÉE EN EHPAD : ACCOMPAGNEMENT DE GROUPES ET RÔLES SOCIAUX

LES ENJEUX DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE ADAPTÉE EN EHPAD : Accompagnement de groupes et rôles sociaux

L’accompagnement des hommes et femmes institutionnalisées en EHPAD constitue un défi à la fois éthique et technique pour l’ensemble des professionnels médicaux et paramédicaux spécialisés en gérontologie. Les intervenants en Activités Physiques Adaptées (APA), n’échappent ainsi pas à la règle.

Présents à temps partiel en institution pour une majorité, ils évoluent au sein d’une réalité complexe, notamment liée à la variété importante des profils cliniques rencontrés et des envies hétérogènes : personnes très âgées ne pouvant plus habiter à domicile, patients relevant de pathologies physiques et/ou psychiques invalidantes, « jeunes vieux » souffrant de handicaps congénitaux ou d’atteintes vasculaires et/ou neurologiques récentes.

Pour les EHPAD, en tant que lieux de vie, il devient nécessaire de reconnaître la complexité de cette mission pourtant fondamentale : être vecteur de cohabitions, de « vivre ensemble ».

Quid alors des accompagnements collectifs en APA, quand vos quelques huit participant(e)s volontaires sont susceptibles de trouver bénéfices au sein d’un groupe comme d’en tirer désorganisation, désordre et rejet sur le plan socio-affectif.

Et que deviennent alors les objectifs primaires des APA en réadaptation de la motricité ? De l’entretien des fonctions cognitives ? De la prévention des risques de chutes ?

C’est à cela que se heurtent les professionnels en institution avant toute mise au travail. À cette nécessité de donner des espaces de parole, de choix, d’implication individuelle, des clés du « vivre ensemble ». À cette nécessité de promouvoir, coûte que coûte, la reconnaissance et le développement des rôles sociaux pour ne pas sombrer dans un aveuglement paradigmatique, trop souvent incarné en la forme d’évaluations techniques, focalisées sur les manques et trop longtemps décentrées de visions plus humanisées.

CONTEXTE INSTITUTIONNEL, DYNAMIQUE DE GROUPE

Il est juste d’observer, au-delà des intérêts inhérents aux APA dans leur forme groupale, qu’il est pragmatique de « faire du groupe » en cela que l’on réunit plusieurs personnes nécessiteuses d’un suivi thérapeutique individualisé. Nombre de professionnels signalent la difficulté de pouvoir offrir un projet thérapeutique adapté dans une mesure suffisante, au vu des effectifs accompagnés dans les services de soin aux personnes âgées, en EHPAD comme auprès de bénéficiaires à domicile.

Au-delà de ce constat, la littérature abonde plus largement autour des intérêts de réunir plusieurs personnes au sein d’une activité de groupe. Expression, auto-support et entraide, occupationnel ou à visée thérapeutique enfin, ils présentent tous des bénéfices intrinsèques, sont tous distincts également sur les plans méthodologiques, analytiques et évaluatifs.

En ce qu’elles s’inscrivent comme projet thérapeutique au sein d’établissements de soins (possiblement de longue durée), les APA sous une forme groupale, gagnent à être analyser comparativement aux formes de Groupes à Visée Thérapeutique (GVT). Cette analyse apparaît novatrice dans la mesure où de nombreuses études attestent des intérêts sur les plans moteurs et cognitifs, sans pour autant questionner ou prendre en compte la nature et l’impact des liens sociaux s’y développant.

L’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) précise la nature de ces GVT, ayant « pour objectif d’accompagner l’usager dans un travail d’élaboration en s’appuyant sur ses capacités relationnelles, physiques, créatives, son image corporelle et son estime de soi, ses compétences psychosociales, sa motivation au changement, l’acquisition de réflexes de santé positifs » 1.

Fort d’une certaine expérience de terrain et de la complémentarité d’un corps pluridisciplinaire, notre équipe pluridisciplinaire « ReSanté-Vous » propose ainsi une vignette clinique courte concernant la mise en place d’un groupe d’APA à visée thérapeutique, focalisée sur le développement des rôles et liens sociaux.

EXEMPLE D’UNE MÉTHODOLOGIE ET DES MÉCANISMES SOCIO-ADAPTATIFS

Le lieu dédié est un EHPAD à dominante rurale de 57 lits ne disposant pas d’une unité Alzheimer, disposant d’espaces verts clos sans accessibilité immédiate à un bourg ou services de proximité.

Le groupe établi comprend 5 femmes âgées de 85 à 100 ans (GIR 2-3) réunies sur la base du volontariat suite à un temps de rencontre individuel. Les modalités de fonctionnement ont été validées de manière collégiale durant les premières sessions d’activité (horaire, durée, organisation spatiale, choix de la pratique, déroulé de séance, méthode d’entraînement, etc.).

Le modèle retenu est une séance hebdomadaire de basketball adapté en intérieur sur une durée d’une heure, débutée par un temps d’échanges, suivi d’un échauffement, de 3 séquences spécifiques de travail, d’un retour au calme puis de remerciements.

L’analyse de la dynamique groupale et des mécanismes socio-adaptatifs ont été soutenues par le questionnaire Mieux comprendre ce qui se passe dans un groupe 2, réalisé par le groupe Intelligence Collective de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING). La conduite du groupe a été assuré dans le respect de la méthodologie indiquée par le Guide Repères : Groupes à visée thérapeutique 3.

9 des 12 items composant le questionnaire ont été soumises à un suivi formalisé sur un cycle de 3 mois (cf. figure 1), lors d’une évaluation initiale (S2) puis à la 12ème séance complète (S14). Si une amélioration a été observée sur l’ensemble des items, de fortes variabilités ont été observées tout au long de ce cycle, induisant des phénomènes de régression sur l’évolution de ces composantes.

Évaluation initiale Évaluation S12 ↗→↘
L’implication Motivations et freins Implication
Convergence d’intérêts Conflits d’intérêts Diversité d’intérêts
Tâche de coordination Déresponsabilisation Coordination
Évolution du groupe Leader négatif Rythme d’évolution
Culture partagée Vécu différencié, conservation Vécu commun
Vocation du groupe Mise en réseau Identité collective
Légitimité externe Conflit externe Visibilité externe
Environnement et cohésion Risque externe Ouverture à l’extérieur
Contraintes externes Contrainte paralysante Contrainte stimulante

figure 1 – Évolution des mécanismes socio-adaptatifs sur 3 mois

En pratique et de manière plus claire, les évolutions positives sur le terrain furent traduites par :

  • des prises d’initiatives : venues autonomes, préparation de l’espace, séances extérieur ;
  • des discours de partenariat : demande/apport de conseils, encouragements ;
  • l’ouverture du groupe : 2 nouvelles personnes invitées ;
  • la reconnaissance des progrès réalisés : feedback entre participantes, apparition de « temps morts techniques », de propos spontanés axés sur de la technicité gestuelle ;
  • la reconnaissance et l’acceptation des différences de niveaux : temps de travail effectif variable, autogestion des temps de repos, état de vigilance réciproque bienveillante ;
  • la réalisation autonome et/ou anticipée de préparatifs avant séance : choix d’une tenue mieux adaptée, prise de rendez-vous décalée, « trajet mutualisé ».

À contrario, les phénomènes de régression pouvaient être corrélés à plusieurs facteurs redondants :

  • La disponibilité corporopsychique des participantes, éminemment lié à leur état de santé et de vitalité les jours de séances ;
  • L’absence de certaines, et au contraire les présences « non désirées et/ou intempestives » ;
  • La coordination et la nature des soins dans les 24h (type, durée, occurrence, traitement, etc.).

FONCTIONS OU RÔLES SOCIAUX, QUELLE TYPOLOGIE DES APA ?

Le schéma de séance et les séquences de travail ont subi très peu de modifications au cours du cycle. Agrémentés de complexifications ou remédiations simples, la didactique de l’activité basketball dans sa forme groupale s’est essentiellement focalisée sur les mises en interaction, les temps d’échange, le choix des personnes.

D’un point de vue global, les 5 participantes ont ainsi développé de nouvelles habitudes à l’échelle de l’établissement, au-delà des bénéfices cognitifs et moteurs attendus : déplacements autonomes hors chambre, visites de courtoisie, investissement des espaces de vie, coopération avec d’autres résidents, verbalisation des envies et opinions, etc.

Autant d’éléments questionnant les méthodologies traditionnelles en APA, généralement déterminé par une typologie idéale d’activité. Exit donc les activités spécifiques, considérées comme panacée de « l’épanouissement social chez les vieux ». Exit, les représentations et concepts vulgarisés des rôles sociaux dans l’activité sportive souvent amalgamés avec les fonctions courantes de cette dernière.

Exit enfin les groupes à démocratie indirecte. Créer un groupe est somme toute assez simple. Le véritable enjeu se situe dans la libération et la coexistence de ses acteurs sociaux, dans l’étayage et l’élaboration nécessaires autour des mécaniques de groupe. Dans la posture du professionnel, se devant « à chaque séance, surtout auprès de patients détériorés, de remettre sur le métier, de reprendre, de recommencer et de donner incessamment un temps irréductible à l’abord de questions cruciales en quête brûlante de sens : Comment est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui le justifie ?  De quoi va être fait l’avenir ? Pourquoi moi ? ». 4

CONCLUSION

La filière Activités Physiques Adaptées en Santé, reconnue à juste titre pour sa technicité dans le domaine de la réadaptation du handicap et auprès des publics fragilisés, se doit aujourd’hui de créer des passerelles avec des notions plus proches de la psychologie sociale 5. Il en va de notre rôle, en qualité de porteur des approches humaines, de déconstruire nos attentes professionnelles afin d’ouvrir la voie à une autre perception des rôles sociaux dans les Activités Physiques Adaptées.

Le chantier est aussi vaste qu’ancien et de nombreux apports peuvent encore alimenter notre modeste réflexion. En témoigne Marcel MERLEAU-PONTY, philosophe français, sur la richesse inhérente au regard de l’autre :

« Mon regard tombe sur un corps vivant en train d’agir, aussitôt les objets qui l’entourent reçoivent une nouvelle couche de signification : ils ne sont plus seulement ce que je pourrais en faire moi-même, ils sont ce que ce comportement va en faire. […] Déjà l’autre corps n’est plus un simple fragment du monde, mais le lieu d’une certaine élaboration et comme d’une certaine « vue » du monde. Il se fait là-bas un certain traitement des choses jusque-là miennes. » 6

Qu’en est-il de vous ? Êtes-vous prêt à soutenir un traitement différent de cette question jusque-là votre ? Êtes-vous prêt à confier votre groupe d’APA à ses usagers ?

Bibliographie

1 http://anpaa.asso.fr/lanpaa/actualites/65-generales/738-guide-reperes-anpaa-groupes-a-visee-therapeutique-addictologie-ambulatoire

2 http://anpaa.asso.fr/images/media/201506telechargements/guide-groupe-therapeutique.pdf

3 http://ic.fing.org/files/guide_cooperation_7.pdf

4 Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe 2009/2 (n° 53) :

Groupe de parole en clinique gériatrique. Fondements, objectifs et applications – Benoît Verdon

5 Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2006/3 (Numéro 71) :

Le regard psychosocial : l’autre en moi. Vers une psychologie sociale des prises de position – Stéphane Laurens

6 MerleauPonty M. (1945): Phénoménologie de la perception. Paris, Gallimard

 

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