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 La prévention du dos du soignant par l’échauffement et l’entrainement

En France, 85% des causes de maladies professionnelles sont dues aux troubles musculo-squelettiques. Le dos est un des outils de travail au premier plan pour les métiers soignants (AS, AMP…) et d’aide aux services d’hébergement (ASH) en EHPAD. Un disfonctionnement ou une douleur de celui-ci engendre un « chômage technique ». Cet arrêt a souvent une influence financière mais pas que… En effet, il a aussi une conséquence sur « l’état de complet bien-être psychologique et social » dont fait allusion la définition de la santé de l’OMS, et donc sur la vie familiale. Jouer avec ses enfants, partir en vacances, aller danser avec ses amis sont autant d’activités qui vont être fortement modifiées voire arrêtées.

Cet article débute une série de trois articles dans lesquels nous traiterons dans un premier temps, de la prévention par l’échauffement et l’entrainement, puis du soulagement du dos et un dernier article présentera la prévention du dos par des postures adaptées en EHPAD. L’objet de ce premier article est de vous donner quelques clés pour prévenir, entraîner et soulager votre outil de travail et de bien-être : votre dos.

Le dos, une charpente bien bâtie

La colonne vertébrale appelée aussi rachis est constituée de vertèbres empilées et séparées par des espaces : les disques intervertébraux sauf pour le sacrum et le coccyx. Cette colonne supporte l’ensemble du squelette humain avec 7 vertèbres cervicales, 12 vertèbres dorsales, 5 vertèbres lombaires puis les vertèbres soudées du sacrum et du coccyx.

Les muscles du rachis assurent d’une part, la stabilité de notre colonne vertébrale (muscles profonds), et d’autre part, la mobilité du tronc (muscles superficiels).

Les muscles impliqués dans la manutention de résidents

Les muscles impliqués dans la manutention dépendent des postures que le soignant adopte. En fonction de celles-ci, la répartition des charges est différente et la sollicitation des muscles s’en voit modifiée. Il faut savoir que chaque individu a des muscles plus ou moins résistants. La résistance d’un muscle est liée au type (1, 2a, 2b), à la forme et à la taille. Les douleurs les plus souvent répertoriées par les soignants lors de leur travail se situent au niveau du dos et des épaules. Les muscles du dos sont nombreux. Des muscles profonds (carré des lombes, ilio-costal, longissimus…) vont donc avoir une importance pour supporter et maintenir voire s’équilibrer. Les muscles superficiels (grand dorsal, grand rond, trapèze…) vont permettre la réalisation d’une manutention (transfert d’un résident de son fauteuil roulant à un autre fauteuil – relever un résident d’une chute).

Pour qu’un muscle soit résistant et puissant, il semble très important de le préparer à l’effort et de l’entrainer. Il s’agit de connaitre et de réaliser des exercices spécifiques dans de bonnes conditions d’entrainement (fréquence, intensité) pour favoriser une bonne posture.

Les troubles musculo squelettiques (TMS) : quelques chiffres

Les TMS représentent un grave problème de santé au travail. C’est le 1er facteur d’inaptitude professionnelle en France (source CNAM 2010). 15% des femmes ont des TMS aux membres supérieurs et 17% aux rachis lombaires (source INVS).

Mal de dos, « tour de rein », lumbago, sciatique… La lombalgie est un ensemble de symptômes définis par des douleurs dans le bas du dos, plus ou moins récidivantes. Cette affection courante peut être provoquée ou aggravée par l’activité professionnelle.

Les TMS des membres supérieurs sont des affections dues à des sollicitations répétées et prolongées de certaines articulations générant des lésions au niveau des nerfs, tendons, muscles et ligaments du cou, de l’épaule, du coude, du poignet ou encore de la main. Ils se traduisent par des douleurs, des maladies et une gêne fonctionnelle qui peuvent devenir invalidantes.

Les lombalgies et les TMS sont la première cause d’arrêts de travail en EHPAD. Aussi, l’indice de fréquence (nombre moyen d’accidents du travail avec arrêt sur une année, ramené à 1000 salariés) des accidents du travail en EHPAD est près de deux fois supérieur à la moyenne nationale, toutes activités confondues (Source CARSAT 2010 : Guide de bonnes pratiques de prévention des risques professionnels dans les EHPAD). Les TMS résultent d’une combinaison de facteurs biomécaniques (répétitivité des gestes, efforts, posture) liés à l’organisation du travail. Ils affectent principalement les muscles, les tendons et les nerfs des membres et du tronc. Ils se caractérisent par des douleurs ou des gênes fonctionnelles. Le respect du Code du travail et de ses principes de prévention impose de supprimer le risque lorsque c’est possible. Néanmoins, en EHPAD, cet objectif est difficile à atteindre. Il nécessite ainsi, une évaluation et une analyse afin de rechercher les pistes de prévention adaptées.

Lutter contre les TMS par l’échauffement et l’entrainement

  1. L’échauffement des muscles impliqués dans la manutention, absurde ou efficace ?

Si je posais la question à des soignantes d’EHPAD ; échauffez-vous avant d’accompagner les résidents à la toilette le matin ? Je pense qu’une majorité rigolerait ou me dirait qu’elles n’ont pas le temps de prendre 10 min pour échauffer leur dos.

Si je posais maintenant une autre question à ces mêmes soignantes :  « échauffez-vous avant votre pratique sportive dans votre club ? » Elle me répondrait sûrement : « bien-sûr, c’est important pour ne pas nous blesser ».

La pratique professionnelle physique n’est pas un sport mais demande une sollicitation musculaire parfois importante. Il est donc important de les préparer à ces efforts notamment par l’échauffement. Est-ce un problème de temps, un problème culturel ou de méconnaissance ? Dans les trois cas, nos propositions présenteront des pistes d’amélioration des pratiques.

L’échauffement articulaire sert à prévenir les blessures par une mise en activité progressive et adaptée et à se préparer psychologiquement à un effort. Lorsque nos muscles et tendons sont à la température du corps (36/37°), ils sont au repos. La température de 39° favorise une baisse de la viscosité des muscles, une augmentation de l’élasticité des tendons, une augmentation de la souplesse et une augmentation du débit d’oxygène dans le sang. Le maintien de cette chaleur lors d’un exercice physique intense va donc permettre de limiter les traumatismes.

S’échauffer en quelques minutes avant des manutentions

L’échauffement est une préparation du corps à un effort physique, il doit donc être progressif sur deux critères :

–            L’intensité : les exercices doivent débuter lentement et s’accélérer progressivement

  • Exemple : Phase 1 : Courir sur place 30’’ / faire 10 flexions/extensions / courir sur place 30’’ en mobilisant les bras / faire 10 flexions = 2min).

–            La spécificité des muscles : l’échauffement doit être d’abord général (échauffement cardio-vasculaire et de l’ensemble des muscles cf. phase 1). Puis, il est nécessaire de s’attarder plus particulièrement sur les articulations sollicitées (épaules et rachis)

  • Exemple Phase 2 : échauffement spécifique
  • Exo1 : IMAGE
  • Exo 2 : IMAGE
  • Exo 3 : IMAGE
  1. Entrainer les muscles impliqués dans votre pratique professionnelle (manutention, aide à la mobilité…)

Nous avons vu ci-dessus les muscles impliqués et sollicités lors des différentes tâches professionnelles réalisées par les soignantes en EHPAD par exemple. Je vais vous proposer quelques exercices pour renforcer les muscles de la ceinture abdominale et lombaire.

Exercices de gainage :

Exercice 1                 Exercice 2

Conclusion

L’échauffement pré-travail est à mon sens une pratique que nous devrions développer au sein des établissements médico-sociaux comme les EHPAD. Former les soignantes à quelques exercices simples pour quel soit autonome chaque matin dans la réalisation de ceux-ci. Restera à lever un frein institutionnel : le temps. Mettre à disposition 5 à 10 min de temps pour les professionnels soignants par les directions ne serait-il un moyen préventif de lutter contre les TMS ? Même si nous pensons que l’échauffement est un moyen limitant les troubles musculo-squelettiques, les muscles concernés par les manutentions doivent être « entrainés ». L’entrainement permettra aux soignants constituer une ceinture de gainage « protectrice ».

L’échauffement et l’entrainement musculaire sont deux moyens de prévention à ne pas négliger en EHPAD dans la perspective du bien-être soignant.

(Prochain article : comment soulager son dos quand on a des douleurs ? 2/2)

Nicolas ROUMAGNE
Directeur des accompagnements ReSanté-Vous
Formateur Scenesens
Ingénieur en réadaptation

 

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