L’actu ReSanté-Vous d’octobre à décembre 2025
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Le secteur du grand âge est confronté à de nombreux défis : assurer la qualité de vie des personnes âgées, prévenir la perte d’autonomie, financer l’aide à l’autonomie, recruter et fidéliser les professionnels, faire face à la transition démographique, etc. En France, de plus en plus d’institutions cherchent de nouvelles réponses pour relever ces défis. Comme l’illustre la loi « Bien vieillir » promulguée en 2024, notre société aspire à faire évoluer le secteur vers une démarche favorisant l’inclusion, l’épanouissement et l’autonomie des personnes âgées et de tous ses acteurs.
Le programme de Recherche & Développement Encapacité, lancé en 2025, s’intéresse aux déterminants d’une telle démarche à l’échelle d’un professionnel, d’une organisation, d’un territoire. Le deuxième axe du programme – le défi des organisations – repose sur une croyance forte : la révolution ne vient pas d’en haut, elle part du terrain, elle est le résultat d’initiatives inspirantes qui se répètent et font progressivement évoluer les regards, les approches et les modes d’actions.
Sur la base de cette hypothèse, le travail de recherche traite une question cruciale : comment une initiative à petite échelle peut-elle amorcer une transformation organisationnelle durable et favorable à l’épanouissement de ses parties prenantes ?
Après une année, les enseignements qui ressortent du travail de recherche, basé sur l’analyse de projets portés par ReSanté-Vous, offrent de premiers éléments de réponse. Cet article en présente un aperçu.
Le changement durable résulte de l’accumulation de « micro-transformations » impulsées par des expériences authentiques et collectives qui modifient la perception du possible. Ces expériences reposent sur une approche hybride :
Une organisation se transforme lorsque le projet met en synergie plusieurs approches complémentaires.

L’innovation n’est pas technique, mais humaine. Dans le programme des EDT (Eclaireurs du Tour), l’imaginaire collectif du Tour de France est utilisé comme un puissant levier de mobilisation.
En parcourant collectivement 3 300 km sur des vélos connectés, les résidents ne participent pas à un simple programme d’activité physique. Ils relèvent un défi solidaire – chaque kilomètre parcouru alimente une cagnotte reversée à une association. Le résident n’est plus appréhendé à travers ses pathologies ou ses incapacités, il est considéré pour sa contribution sociale. C’est aussi un défi collectif – résidents, professionnels, familles, bénévoles, voisins : lorsqu’on pédale ensemble avec un objectif commun, on dépasse les rôles figés.
Le symbole est un moteur plus puissant que la règle. En reliant l’EHPAD à un événement national et à une cause solidaire, on restaure l’utilité sociale des aînés. Les résultats le montrent : 82,2 % des résidents expriment une meilleure estime d’eux-mêmes et un profond sentiment de fierté.

Le programme de l’équipe mobile qualité de vie et des conditions de travail (EMQVCT) déploie la philosophie Montessori auprès des aînés. Inspirée par la théorie des capabilités d’Amartya Sen (1999), cette approche suggère que la liberté n’est réelle que si l’environnement permet de l’exercer.
Trois principes caractérisent la démarche :
En créant un cadre qui encourage le « faire seul », le programme permet de valoriser le rôle des personnes âgées tout en libérant les professionnels des tâches de contrôle pour les replacer dans une relation de compagnonnage. Il invite à repenser les pratiques pour renforcer le sens au travail au service de la QVCT.
Un environnement qui favorise le pouvoir d’agir des personnes âgées permet à la fois d’améliorer la qualité de vie de celles-ci et d’améliorer la qualité de vie au travail des professionnels qui les accompagnent. Les résultats le montrent : 93 % des professionnels trouvent leur travail plein de sens, utile et source de fierté à travers les initiatives qu’ils ont mis en place dans le cadre du programme.

Les événements comme la GRS (Grande Rencontre Sportive) ne marquent pas la fin d’un projet, ils le célèbrent. En s’inspirant des codes des Jeux Olympiques – cérémonie d’ouverture, défilé des délégations, ateliers sportifs, remise de médailles – la GRS permet de réunir tous les acteurs d’un projet le temps d’un après-midi afin de mettre à l’honneur le travail réalisé et l’investissement collectif tout au long du projet.
Au début d’un projet, la GRS offre une perspective, un objectif à atteindre. Le jour J, elle marque les esprits, crée des souvenirs. Par la suite, elle motive à recommencer.
La GRS représente une étape importante. En donnant de la visibilité à la participation sportive et sociale des seniors, ce temps de célébration permet de transformer le regard porté sur la vieillesse et sur les EHPAD.
En plus de favoriser l’engouement autour du projet, les temps de valorisation et de célébration assurent la visibilité et la conscientisation des effets, changeant ainsi la vision sur les capacités préservées des aînés. Les résultats le montrent : après une GRS, 73,4 % des soignants se disent moins inquiets face au risque de chute dans leur accompagnement quotidien, surpris par les performances réalisées par les aînés.
Les enseignements du travail de recherche mené laissent apparaître que la transformation du secteur médico-social ne s’improvise pas, elle repose sur des phases clés qui transforment parce qu’elles se complètent, mais aussi sur une philosophie de soin différente : passer d’une logique de compensation des déficits à une logique d’activation des potentialités.
Ce besoin traduit un impératif éthique : passer de la « prise en charge », qui infantilise et isole, à la « prise en compte », qui met en valeur les capacités préservées. Le modèle traditionnel encore aujourd’hui repose sur une asymétrie entre celui qui sait (le professionnel) et celui qui subit (le résident). L’enjeu ici est de restaurer la capacité d’agir : le résident n’est plus l’usager d’un service, mais devient un partenaire actif. C’est en respectant ces trajectoires singulières que l’on sort d’un modèle indifférent pour entrer dans une véritable culture du care.
Toutes transformations commencera par un changement de posture : la reconnaissance de l’autre comme sujet capable en devient le premier acte de bientraitance.