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Tisser des liens pour s’entraider et devenir actrices de leurs vies
Posté le 4 juin 2026 dans Récit

Le lien social est un de ces liens invisibles qui sont pourtant d’importance capitale. Il peut être parfois perdu après des évènements marquants (accident de la vie, perte d’êtres chers, COVID…). Des ateliers, animés par des pros, permettent de reprendre les rennes de sa vie…

C’est dans un petit village de Charente que cette histoire commence. Dans l’après-COVID, alors que le silence des confinements pèse encore sur les liens sociaux. Un programme appelé TaPasS (Temps d’accompagnement Prévention activités signifiantes et Santé) y est lancé, avec une première réunion en présence du Maire du village.

En présentant la thérapeute de ReSanté-Vous qui doit mener les ateliers, son rôle est crucial dans l’installation d’un climat de confiance et sécurisant avec les bénéficiaires du programme.

Elles sont sept femmes à participer au programme. Malgré la petite taille du village, aucune ne se connaît alors qu’elles sont parfois même voisines. Très vite, un tissu de solidarité se tisse. L’entraide, ou « pair-aidance », émerge spontanément : échanges d’astuces, gestes concrets de soutien.

La thérapeute laisse la place à ces élans naturels, révélant une posture d’écoute active qui permettait aux envies de s’exprimer. Comme cette dame inquiète à l’idée de devoir se déplacer en train sans sa canne pour le mariage de sa petite-fille par crainte de s’encombrer. Sans hésiter, une des participantes lui propose de lui prêter sa canne pliante. Ces petits gestes, en apparence anodins, portent en eux une puissance immense : celle de la réassurance, du soin partagé, du quotidien allégé.

Chaque séance commence par un « tour météo » émotionnel, un espace simple mais essentiel pour dire comment on se sent, sans jugement de la part des autres. Pour beaucoup de ces femmes, souvent veuves, parfois malades, c’est une première : dire ses émotions, parler de sa fatigue, de sa peur, de sa solitude. Le groupe devient un espace de parole et d’écoute, un lieu où elles reprenaient possession de leur propre récit de vie.

Une aventure qui perdure,
malgré la fin du programme…

À la fin des cinq mois du programme, les participantes veulent continuer de se voir. Non pas juste pour bavarder autour d’un café : elles veulent continuer à créer, à partager, à choisir. Refusant les associations trop lourdes, les clubs du troisième âge trop passifs à leurs yeux, elles décident de s’organiser elles-mêmes, avec l’appui discret mais présent de la thérapeute, toujours en contact.

Elles fondent leur propre groupe : « Écoute et Partage ». Un nom qui reflète ce qu’elles ont vécu durant ces ateliers. Elles rédigent leur charte, définissant ensemble les règles : bienveillance, écoute, confidentialité. Chaque mois, elles se retrouvent. Elles choisissent une thématique ensemble : la sécurité routière, la mémoire, les sorties culturelles, la forêt et ses bienfaits. Elles expérimentent même des activités qui sortent de l’ordinaire comme la silvothérapie. Elles s’organisent, se répartissent les rôles, l’une tenant l’agenda, une autre repérant les événements à venir.

Elles sont devenues actrices de leurs choix, mais aussi des rencontres à venir : elles déposent des tracts dans les commerces, décident à qui elles souhaitent ouvrir le groupe, fixent des critères pour garantir le respect de leur cadre. Certaines sont chargées de repérer les événements locaux, d’autres d’animer une discussion, de noter les idées. Leur implication est réfléchie, à leur mesure, dans le respect de leurs limites.

Aujourd’hui, la thérapeute les accompagne de loin. Elle n’anime plus, elle observe, soutient si besoin. Elles roulent toutes seules, même face à l’adversité. Lorsqu’une d’elles dut se faire opérer, les autres vont la voir en maison de convalescence. Y tenant même les séances pour la faire participer.

Leur histoire n’est pas seulement celle d’un programme qui a marché. C’est l’histoire d’un passage de relais, d’un pouvoir d’agir transmis, d’une autonomie retrouvée. Et c’est peut-être là la plus grande réussite de la thérapeute : avoir su créer un cadre qui donne envie d’agir, et qui donne sens à l’action.

ReSanté-News - Mai-juin 2026
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