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La résilience des âgés : faire lien
  • Gérard RIBES Psychiatre, gérontologue, ancien professeur associé de psychologie de la santé et du vieillissement auteur de nombreux articles sur résilience et vieillissement.
Posté le 20 juillet 2022 dans Colloques

La résilience est une retrouvaille avec un autre soi, sous et avec le regard et la présence d’un autre (tuteur de résilience). Chez l’âgé le récit partagé de soi est la base de la résilience. Chez l’âgé cet autre soi participe à la construction d’un mythe de soi.

Il n’y a pas de résilience sans traumatisme

Avant d’aborder la résilience, Gérard RIBES nous parle de l’importance de ce qui est à l’origine de la résilience : le traumatisme. Pour qu’il y ait traumatisme, il faut tout d’abord qu’il y ait un trauma qui va amener 3 conséquences : une effraction (qui peut être physique ou psychique), une suspension de la pensée (du domaine de l’impensable : « c’est pas possible », « ça ne peut pas être vrai ») et une destruction du lien avec soi ou avec les autres (« je ne suis plus comme j’étais avant »).

Le traumatisme peut ensuite apparaître avec 2 éléments : l’impuissance (être face à un évènement devant lequel je ne peux rien faire) et la sensation de mort imminente (avant tout psychique). Il en résulte une atteinte dans son identité, dans son intimité, ce qui entraîne une forme de déliaison en soi.

Exemple de traumatisme : une entrée en EHPAD

  • je vivais chez moi / je suis dans une collectivité (= effraction dans ma vie)
  • je ne comprends pas ce qui m’arrive (= suspension de la pensée)
  • que sont devenus ma famille et mes amis (= destruction du lien)
  • je n’ai pas le choix (= impuissance) / je n’existe plus (= mort imminente)

Comme le disait Anna FREUD « Il faut deux coups pour faire traumatisme : le premier, dans le réel, c’est la blessure [le trauma] ; le second, dans la représentation du réel, c’est l’idée que l’on s’en fait sous le regard de l’autre. » Ce second coup est une dimension essentielle du mouvement résiliant qui va permettre de sortir cette spirale infernale.

La résilience : une reprise développementale

Face à la désintégration traumatique, la résilience va être au contraire un mouvement intégratif qui va permettre de se retrouver et de se développer d’une manière différente à ma vie sans ce traumatisme. Cela va permettre de recréer une « cohérence interne » dans un environnement qui le permet. C’est un processus qui permet une reprise développementale.

La rencontre résiliente

Même si le terme de « tuteur de résilience » va être abordé dans cette présentation, il faut bien prendre conscience que le plus important est la notion de rencontre, car il s’agit d’une transformation par l’autre, de la capacité à se reconstruire dans sa rencontre avec l’autre. Alors que le mot tuteur évoque forcément la présence d’un tuteur et d’un tutoré.

La résilience est donc une retrouvaille avec un soi transformé par le regard et la présence d’un autre (le tuteur de résilience). Une des clefs sera donc la personne qui va participer à cette rencontre résiliente. Elle va permettre à la personne « traumatisée » de se sentir entendue et reconnue dans sa singularité d’humain en dehors des étiquettes diagnostics ou relationnelles.

« Je suis soignant et j’interviens en tant que soignant. De fait, je me considère souvent le plus mal placé pour être dans une dynamique résiliente vis-à-vis des personnes que j’accompagne parce que je suis repéré avec une « casquette », avec un certain nombre de rôles. Et finalement, dans les EHPAD, c’était parfois le cuisinier, le jardinier, qui pouvaient plus facilement être des « tuteurs » de résilience » explique Gérard RIBES car ils étaient en dehors d’un étiquette diagnostic. La relation est alors présentée comme un échange relationnel qui se détache de l’échange soignant/malade.

Il y a une forme de mise en scène de la relation, ou chacun devient un acteur de la relation pouvant s’éloigner de plus en plus de lui. De cette façon, on peut imaginer un collègue de travail endosser un autre rôle si on le revoit accompagné de ces enfants ou petits-enfants. Il faut se poser la question suivante : « Est-ce que mon rôle professionnel m’éloigne de moi, ou est-ce que mon rôle professionnel va pouvoir être en cohérence avec moi ? ».

Accepter l’hypothèse de l’implication relationnelle de l’aidant et de l’aidé, c’est permettre un positionnement qui n’est pas celui d’un don désintéressé, ou d’une position clinique qui cherche la validation d’hypothèses, mais c’est adopter une attitude qui parle d’échange et d’implication dans la relation à partir d’une rencontre qui, elle, peut être professionnelle. Ainsi, pour que l’autre puisse se transformer, il faut accepter qu’il nous transforme.

La résilience des âgés

Gérard RIBES propose 7 piliers de la résilience chez l’âgé : le récit de soi & la cohérence interne, l’adaptabilité, la curiosité, l’humour, le lien social, les croyances et le sentiment d’appartenance. Pendant cette conférence, il met en lumière quelques uns de ces piliers…

› Le récit de soi & la cohérence interne

« Les vieux ne radotent pas, ils se racontent ! Ce n’est pas du tout la même chose ! » s’insurge Gérard RIBES. La fonction de « se raconter » est une fonction essentielle à la cohérence interne. Les âgés se racontent, d’abord à eux-mêmes, leur histoire. Ils associent les pièces du puzzle de leur vie, cherchent la bonne place de chaque élément pour en offrir une cohérence à eux et à leur entourage, pour en synthétiser un sens. Dans cette possibilité de ressaisir son existence, l’âgé va pouvoir protéger sa cohérence interne et protéger à la fois son intimité et son identité dans une forme d’auto-création de son image, favorisant un sentiment d’accomplissement de soi.

Chez l’âgé, le récit partagé de soi est la base de la résilience.

Boris CYRULNIK explique que « pour faire un récit il faut anticiper son passé, aller chercher intentionnellement dans sa mémoire les images et les mots qui construisent sa narration. Ensuite il faut anticiper le partage de l’histoire que l’on s’apprête à adresser à quelqu’un. » C’est-à-dire que l’on ne raconte pas n’importe quoi à n’importe qui. Pour se raconter, il faut donc pouvoir penser l’autre, il faut percevoir qu’il est capable de recevoir ce qui est proposé, qu’il peut partager et se positionner dans la relation.

› Les croyances

La présence de la mort est un organisateur psychique du vieillir. Outre la confrontation à sa propre mort, l’âgé est confronté à celle de ses proches. Le décès d’un conjoint, élément de sécurité et d’étayage, est parfois la cause du départ du domicile. Le décès d’un enfant lui-même âgé inverse la chaîne des générations et interroge l’âgé sur le pourquoi de sa présence.

La religion, la croyance en un au-delà, réinscrit l’individu dans une continuité et surtout donne une amorce de sens à cet impensable de la mort. De nombreux travaux, dont ceux de Kinsel, montrent que la spiritualité participe à la sérénité de l’âge et s’avère être un facteur de résilience.

› Le sentiment d’appartenance

L’appartenance à une famille, à une communauté, à un groupe est chez l’âgé une clef qui apparaît comme importante dans le développement de mécanismes résilients. Ces générations ont connu des séparations (en particulier la tuberculose qui éloigne souvent pendant une longue période un père, une mère ou envoie l’enfant loin de sa famille). La capacité de l’enfant à garder en lui vivant son entourage participera, chez le vieillard, à garder en lui ses entourages comme base de sécurité interne.

Gérard RIBES conclut par un poème proposé par un résident qui, selon lui, raconte la résilience : « Un songe », de Sully-Prudhomme (1839 – 1907).

Le laboureur m’a dit en songe : « Fais ton pain ;
Je ne te nourris pas ; gratte la terre et sème. »
Le tisserand m’a dit : « Fais tes habits toi-même. »
Et le maçon m’a dit : « Prends la truelle en main. »

Et seul, abandonné de tout le genre humain,
Dont je traînais partout l’implacable anathème,
Quand j’implorais du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout dans mon chemin.

J’ouvris les yeux, doutant si l’aube était réelle
De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle,
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.

Je connus mon bonheur, et qu’au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;
Et depuis ce jour-là, je les ai tous aimés.

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